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Le gauchiste Jovial

Le mou, la brute et les bruyants

25 Août 2014 , Rédigé par Ostpolitik

J'apprends à l'instant qu'après les déclarations tonitruantes d'Arnaud Montebourg et de son comparse Benoit Hamon, qui avaient émis de fortes réserves vis-à-vis de la politique économique de l'exécutif, Matignon annoncera mardi la composition d'un nouveau gouvernement. Sauf énorme surprise, les derniers "gauchistes" qui nous gouvernent devraient être mis à la porte et remplacés par des Michel Sapin et autres technocrates interchangeables.

Bien sûr, je pourrais tomber des nues, mais je ne suis pas d'humeur.

En tant que telle, la décision de remanier un gouvernement désuni et critique vis-à-vis des choix politiques de l'exécutif n'est pas choquante, il n'est pas étonnant qu'Hollande cherche à donner une impression de lisibilité et de cohérence. Comme disait ce bon vieux Chevènement avant de se retourner dans la tombe dans laquelle il n'est pas encore rentré : "Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne". J'ajouterai même, dans un élan de malice "ou alors ça se fait virer".

Non, ce qui est choquant c'est la politique du gouvernement en elle même. Hollande est honni par la quasi-totalité du pays. Pris en tenaille entre une droite qui, généralement, le méprise et une gauche qui l'accuse de traîtrise, notre Président reste cependant droit dans ses bottes et refuse de dévier de sa route d'un iota. Plus surprenant pour l'observateur non averti, Manuel Valls présenté par les instances sondagières comme "l'homme politique préféré des français (blancs)" est devenu aussi populaire que le fait de mettre de la dubstep à la messe.

Photomontage de qualité illustrant le futur de François Hollande

Photomontage de qualité illustrant le futur de François Hollande

Ce même Manuel Valls avait par ailleurs répondu aux gauchistes bruyants de manière plutôt cavalière. Pour rester dans le champ lexical équestre, je dirais même qu'il était monté sur ses grands chevaux en déclarant qu'il était "Hors de question" pour les gouvernement de changer de politique et que ceux qui critiquaient Hollande étaient "Irresponsables". Pour ceux qui l'ignoreraient, "irresponsables", c'est le politiquement correct pour dire "enculés".

Vu de l'extérieur, cet aveuglement pourrait passer pour du courage politique. Je suis sûr que dans des moments de rêve, Hollande s'imagine en capitaine guidant son navire à travers les tempêtes, haï par son équipage, mais finissant par arriver à bon port, acclamé par tous et recouvert de confettis festifs.
Sauf que non.
La stratégie est mauvaise, et ce n'est pas en changeant d'armes que ça va changer quoi que ce soit. La réalité du terrain montre que Hollande a tort. Voilà maintenant deux ans qu'il nous demande d'être patients, alors même qu'il n'est pas parvenu à atteindre les objectifs qu'il s'était imposé pour l'année dernière, notamment sur la fameuse "inversion de la courbe du chômage".


De plus Hollande n'est droit dans ses bottes que sur le fond, mais sur bon nombre de mesures concrètes ils multiplie les reculades. (J'en avais déjà parlé ici)


La politique copulatoire* avec le MEDEF n'a rien donné. L'investissement a baissé en 2013 et au premier semestre de cette année alors même que la France est championne d'Europe en termes d'augmentation des parts des bénéfices reversés aux actionnaires. On le sait, donner de l'argent aux entreprises sans garantie de contreparties ne donne jamais rien. Hollande a toujours eu une ligne "centriste", mais là il est clair que ça en marche pas. Pourquoi continuer ?
La réduction des dépenses, comme partout ou presque en Europe freine la consommation, donc la croissance et donc fait augmenter le chômage.
Mais le bougre n'en démord pas, et, comble du cynisme, il laisse même un de ses ministres parodier une de ses promesses de campagne.

Le pouvoir en pleine réflexion

Le pouvoir en pleine réflexion

Au final, la seule mesure phare qui est à mon avis positive, de Hollande qui soit passée, c'est l'autorisation du mariage homosexuel. Mais même en réussissant à faire passer la loi il a foiré.
Aussi nécessaire que fut cette loi, c'est une mesure sociétale qui concerne une minorité de la population, et absolument pas en lien avec un cap de politique générale. Beaucoup de gens, même sans se montrer hostiles à la loi, déploraient son rôle d'écran de fumée, qui a pu éviter à Hollande de parler de problèmes économiques pendant plusieurs mois.

Cette tempête passée, les frondeurs se sont montrés de plus en plus insistants. Hollande avait déjà jeté Delphine Batho comme une vieille chaussette lorsqu'elle avait critiqué, elle aussi, la politique économique du Président. Nul doute qu'il n'hésitera pas à faire pareil pour Montebourg et Hamon. Mais cette fois ci les choses risquent d'être différentes. Les oppositions au Président grandissent au sein de sa majorité, et ce troisième remaniement a comme des airs de muselière.
On peut également ajouter au feu des critiques le long discours de Jean-Luc Mélenchon à Grenoble que personne n'a écouté, mais qui a fait grand bruit, ainsi que le livre de Cécile Duflot sur son expérience au gouvernement, que personne n'a lu mais qui a beaucoup fait parler.

La seule chose qui sauve Hollande pour l'instant, c'est le fonctionnement de la Vème République et la manière dont elle sacralise et sécurise le président en interdisant toute intervention populaire et/ou parlementaire légale pour le faire démissionner.

Les ministres peuvent partir, mais leurs critiques restent.
Hollande et Valls sont vraiment des irresponsables.



*Je sais que ça existe pas, mais ça sonnait bien

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Orator 25/08/2014 12:59

Le prétendu "gauchiste" Montebourg, qui se la joue rebelle et en désaccord avec la politique gouvernementale, sera tout de même resté plus de deux ans dans un gouvernement à appliquer les politiques qu'il condamne par derrière. Montebourg capitalise sur son imagine personnelle vis-à-vis des militants socialistes tout en rappelant sa "fidélité" au gouvernement. C'est ce qu'on appelle un double-jeu pervers et hypocrite. Puisqu'il persiste sans démissionner, il fallait bien que quelqu'un tranche. Cela fait bien longtemps qu'il n'y a plus de "gauchiste" au PS, depuis plus de trente ans sans doute, avec la mise en oeuvre des politiques économiques visant l'intégration du zone économique et monétaire commune. Pour autant, les "gauchistes" ne parviennent pas à capitaliser et tirer parti de ses dérives libérales de la gauche. C'est peut-être là que le bât blesse et qu'il faut s'enquérir des facteurs d'une telle incapacité chronique. À l'évidence, la critique de gauche radicale est légitime sur la politique de l'offre du gouvernement. Elle l'est aussi sur l'austérité budgétaire et l'injustice fiscale. Pourtant, rien y fait, et son score électoral reste marginal élection après élection. L'une des raisons majeures de cet échec peut selon moi se trouver directement dans ce texte. L'extrême-gauche, par on ne sait quelle pathologie idéologique, ne parvient jamais à se saisir d'une critique structurelle qui dépasse sa propre aversion des institutions nationales. Ainsi, plutôt que d'en appeler à la désintégration des structures politiques et économiques européennes qui sont enfermées de manière éternelle (en raison des traités sur lesquels elle repose et l'impossibilité mathématique d'obtenir une majorité absolue de gauche radicale dans ses institutions) dans l'application des diktats néolibéraux qui égrènent la misère sociale et économique des nations européennes, elle se satisfait d'une solution prétendument révolutionnaire mais en réalité tout à fait secondaire : la réorganisation des institutions nationales. Il est pourtant évident que dans la mesure où la France est intégrée à un espace supranational qui prévaut dans de nombreux secteurs sur ses propres institutions nationales (marché intérieur ou devise par ex), la critique doit bien évidemment d'abord porter sur la liquidation radicale du système européen. Or, ce n'est pas le cas. Parce qu'elle est obnubilée par son fétichisme internationaliste, l'extrême gauche se satisfait d'un mondialisme pour peu qu'il détruise les structures nationales qu'elle abhorre. C'est ce paradoxe qui est la clef de toutes les défaites de la gauche radicale. Et ce n'est qu'en surpassant cette contradiction majeure qu'elle pourra renouer avec les couches populaires et s'imposer comme une alternative crédible.