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Le gauchiste Jovial

Jeux vidéo : Le ministère de la Culture veut tuer le marché de l'occasion

18 Août 2015 , Rédigé par Ostpolitik

Alors là je suis colère. En répondant à la question d'un député, le ministère de la Culture s'est déclaré favorable à la mise en place de DRM pour lier les jeux vidéos aux consoles de leurs utilisateurs, déclarant explicitement la guerre au marché de l'occasion.

Une question, et deux ans plus tard, une réponse

En novembre 2013, le député de Haute-Vienne Alain Rodet (PS) fait part au ministère de la Culture de ses inquiétudes quand à la généralisation de dispositifs d'enregistrement qui lient "de façon irrévocable" le jeu vidéo à son premier acheteur. Plus moyen de revendre le Call of Duty que vous avez payé 70€, parce que le code que vous avez entré en lançant le jeu le lie à votre console, jusqu'à ce que la mort vous sépare. Le député s'interroge, légitimement, sur les effets que peuvent avoir ce genre de pratiques sur l'augmentation du piratage.

La réponse du Ministère de la Culture ne s'est pas fait attendre. Enfin si. Ils ont répondu le 11 août dernier. Donc presque deux ans plus tard. Mais passons. Le ministère répond dans le plus pur style administratif qu'il soutient ces stratégies de vente "Dans le cadre de la lutte contre le piratage, et considérant que l'activité de revente de jeux physiques et du pluri-téléchargement des jeux en ligne est préjudiciable au développement de l'industrie et contrevient aux droits des éditeurs, les pouvoirs publics soutiennent ces initiatives". Alors évidemment, c'est le tollé. Et c'est l'angoisse.

Dans un tweet, la Ministre de la Culture a tout de même réagi en assurant qu'il n'était pas question d'interdire la revente. Il faudra tout de même qu'on m'explique comment on peut à la fois défendre des dispositifs qui empêchent la revente des jeux, et en même temps dire qu'on est pas contre la revente des jeux.

Dans un tweet, la Ministre de la Culture a tout de même réagi en assurant qu'il n'était pas question d'interdire la revente. Il faudra tout de même qu'on m'explique comment on peut à la fois défendre des dispositifs qui empêchent la revente des jeux, et en même temps dire qu'on est pas contre la revente des jeux.

L'occasion et le jeu vidéo : une histoire d'amour

Evidemment on ne va pas forcer des dispositifs anti-piratage dans des vieux jeux. Mais si ces procédés se généralisent, le marché de l'occasion va dépérir sur le long terme.Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, les jeux d'occasion ont toujours constitué au moins la moitié, si ce n'est plus de mes achats de jeux. Sans parler des reventes lorsqu'un jeu ne me plaisait plus. Comme le littéraire et ses livres d'occasion, le joueur aime à flaner dans les rayons de sa boutique favorite entre deux pages web, ou dans les allées d'une brocante éphémère pour trouver LA bonne affaire, le jeu rare négligemment vendu 2€ par le père de famille qui n'y connait rien. Voilà, désolé pour ce passage un peu démago, mais l'aspect émotionnel de l'occasion est important pour beaucoup de joueurs.

De manière plus terre à terre, l'occasion c'est aussi une source de revenus pour pas mal de boutiques spécialisées qui ont déjà de la peine à tenir face à la concurrence d'internet. C'est aussi pour certains l'occasion (ptdr lol) de courir les vide-greniers, qui sont même parfois entièrement dédiés au jeu vidéo et qui regroupent des passionnés. C'est aussi un moyen indirect de créer du lien social à travers la culture, et c'est également un aspect à prendre en compte.

Le vide grenier du geek, organisé notamment à Lyon est presque exclusivement dédié aux jeux vidéos et connait une très forte affluence (plus de 1000 personnes pour la neuvième édition en 2015)

Le vide grenier du geek, organisé notamment à Lyon est presque exclusivement dédié aux jeux vidéos et connait une très forte affluence (plus de 1000 personnes pour la neuvième édition en 2015)

La première cause du piratage, c'est le prix

Le ministère prétend que ces procédés font baisser le piratage. Mais vous savez qui dit le contraire ? Hadopi. Oui, l'institution aujourd'hui moribonde avait effectué un sondage en 2013, qui montrait déjà un intérêt toujours prégnant pour le support physique, pour 79% des joueurs. 37% des sondés citaient la revente comme un avantage du support physique, devant le prêt (35%) également rendu impossible par ces dispositifs. Plus intéressant, 48% des joueurs occasionnels, 55% des joueurs réguliers et 68% des joueurs "hardcore" ont été impactés négativement par les DRM. Et quelles raisons étaient données par ceux qui pratiquaient le piratage ? En grande majorité l'argent, le prix des jeux. Penser qu'on réduira le piratage en augmentant les protections contre les cracks de jeux plutôt qu'en baissant leurs prix en en favorisant l'occasion est absurde.

Oui car tuer l'occasion, c'est aussi diminuer l'accès à la culture pour les plus démunis. Tout le monde n'a pas les moyens de s'acheter un jeu neuf à 50, 60 ou 70€ à sa sortie, et il est toujours agréable de le retrouver beaucoup moins cher quelques mois après. Pour des ministres de la Culture, qui depuis Jack Lang n'ont cessé de répéter qu'elle devait être "accessible à tous", ça la fout mal. Mais on ne va pas accuser le gouvernement de rouler pour les grands éditeurs, ce serait malhonnête.

"Je vois pas bien l'intérêt de pirater ça, le temps de téléchargement dure plus longtemps que le mode solo. Alors payer 70 euros.."   -Tout le monde-

"Je vois pas bien l'intérêt de pirater ça, le temps de téléchargement dure plus longtemps que le mode solo. Alors payer 70 euros.." -Tout le monde-

DRM : des précédents désastreux

Autant les gens sont prêts à accepter le principe du dématérialisé, autant acheter des jeux en support physique qui ne leur appartiennent pas vraiment, ça les fout en rogne. Capcom s'était attiré les foudres des joueurs en 2010, après avoir rendu ineffaçable la sauvegarde de Resident evil : the mercenaries 3D sur 3DS. Une seule sauvegarde, impossible de revendre le jeu. Le piratage s'est arrêté de manière magique avec des licornes ? Non. Quelque mois après la sortie du jeu certains balançaient déjà leurs astuces pour effacer la sauvegarde en piratant la cartouche. Et devant l'ampleur du retour de flamme, l'éditeur a fait demi-tour en indiquant qu'il n'utiliserait plus ce type de système.

Incident isolé ? Que nenni, je garde le meilleur pour la fin, braves gens. La Xbox One. Au départ Microsoft avait indiqué que les joueurs ne pourraient pas prêter leurs jeux une fois qu'ils seraient liés à la console et qu'une connexion internet serait obligatoire. Vous n'avez pas de connexion, ou vous voulez prêter des jeux ? Achetez donc une X-Box 360, l'ancien modèle de la console, bande de pauvres, avait en substance répondu Microsoft devant la polémique. En fait même pas en substance. Ils avaient totalement répondu ça. Evidemment Sony en avait profité pour allègrement se foutre de leur gueule dans une courte et hilarante vidéo.

Entre temps, Microsoft a reculé devant la polémique, mais son image n'en ressort pas grandie, et si je devais choisir entre les deux consoles encore aujourd'hui, je prendrai la PS4. Bref, même pour les grands éditeurs c'est pas un bon plan. Qu'on ne vienne pas m'accuser de gauchisme.

La Wii U s'est cachée derrière

La Wii U s'est cachée derrière

En guise de conclusion, un petit mot sur le piratage. Bon nombre de petits studios s'en sont servis pour faire connaitre leurs jeux, notamment les développeurs de Hotline Miami. Le piratage permet aussi de découvrir, par le biais de l'émulation, des jeux auxquels il aurait été impossible d'avoir accès autrement. Les grands éditeurs le savent et n'hésitent pas à capitaliser sur cette mode du retro-gaming, notamment au travers de consoles virtuelles en ligne.

Voilà, je vous laisse avec Usul, qui vous expliquera tout cela bien mieux que moi.

La bise.

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