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Le gauchiste Jovial

Nous nous sommes tant aimés

14 Février 2016 , Rédigé par Ostpolitik

Soutien enthousiaste de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle de 2012, membre du Parti de Gauche jusqu'en 2014, je suis aujourd'hui bien refroidi par sa candidature "proposée", et par la démarche de l'ancien président du Parti de Gauche. Explications.

J'ai commencé à suivre et à écouter Jean-Luc Mélenchon en 2010, quand j'avais 16 - 17 ans, et on peut dire qu'il a participé, par ses discours, en grande partie à la construction de ce que je suis, politiquement parlant.

J'ai vibré en écoutant ses discours pendant la campagne de 2012, j'étais, et je suis encore d'accord avec bon nombre de ses analyses. J'ai lu deux de ses bouquins, et après l'élection présidentielle, j'ai même adhéré au parti qu'il avait créé.

Curieusement, ou pas, c'est lorsque j'étais membre du parti de gauche que j'ai commencé à avoir un regard plus critique sur le député européen. Trop autoritaire disaient certains. Trop réformiste, disaient d'autres. Je me suis intéressés à d'autres points de vue au sein de l'autre gauche. Finalement j'ai moins suivi ses interventions, je n'ai plus lu ses notes de blog et j'ai même été plutôt dégoûté par certains membres de son fan-club. Bref, j'ai grandi, je suis sorti du culte de la personnalité, et j'ai commencé à réfléchir davantage.

Je ne vais pas mentir, malgré tout, encore aujourd'hui j'ai une certaine admiration pour l'homme, la qualité, et la cohérence intellectuelle de son discours. J'ai quitté le Parti de Gauche en 2014, non pas par inadéquation avec ses idées, mais par manque d'intérêt pour le militantisme dans une structure aussi rigide et contraignante qu'un parti.

Une photo, piquée sur son blog, du meeting de villeurbanne, qui est probablement un de mes meilleurs souvenirs politiques.

Une photo, piquée sur son blog, du meeting de villeurbanne, qui est probablement un de mes meilleurs souvenirs politiques.

Annoncée sur RMC et BFM TV en janvier 2011, sa première candidature avait été suivie d'une primaire au sein du Front de Gauche, et avait donc reçu la bénédiction d'une grande partie du Parti Communiste français.
En février 2016, rien de tout cela. C'est sur TF1 que Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature, tout seul, avec pour seuls soutiens politiques un slogan, "la France insoumise", et un site internet flambant neuf. Une candidature en solo, prise sans avoir consulté aucune composante du Front de gauche, PG compris. Les responsables communistes assurent l'avoir apprise en regardant TF1. Mélenchon explique vouloir s'appuyer sur "les gens", en dehors des partis. Les camarades apprécieront.

Oui on peut critiquer le PCF, et je suis le premier à pester contre leur ligne politique, leur rôle de suiveurs du PS, encore aujourd'hui et malgré la politique du gouvernement Valls.

Mais ils ont tout de même été d'une aide précieuse pendant la campagne de 2012, que ce soit par l'intermédiaire de leurs militants ou par celui des élus communistes. Comment Mélenchon peut il imaginer une seule seconde réussir sa campagne sans cette base de militants, nombreux et expérimentés ? Et aussi sans les financements qui vont avec, le PCF restant tout de même un parti qui peut donner un apport financier non négligeable. Alors que Mélenchon s'inspire très visiblement de Bernie Sanders, pour son logo mais aussi pour sa façon de récolter des dons auprès des citoyens, le candidat semble oublier que le démocrate américain ne dépend pas simplement de dons fait par des individus, mais aussi et en majorité du financement de syndicats, comme le Communication Workers of America par exemple. Et les syndicats français n'ont ni les moyens, ni l'envie de soutenir cette candidature.

Le logo du m6r

Le logo du m6r

Quelque part, cet appel aux "gens", sans passer par les partis ou aucun corps intermédiaire que ce soient des syndicats ou des associations est un reniement majeur. Mélenchon tout en haut, le peuple, tout en bas. Même si l'idée n'est pas de valider bêtement un projet, et de débattre et de proposer, la démarche hérisse le poil, surtout au regard des traditions de la gauche. Les critiques sur la personnalisation de sa campagne de 2012 risquent bien de s'étendre et de s'amplifier en 2017, surtout dans l'aspect ego trip que peut sembler revêtir une telle campagne.

Ce choix stratégique est d'autant plus incompréhensible que Mélenchon avait déjà tenté le coup avec son M6R, le mouvement pour la 6ème République, qui s'est révélé être un flop au regard du succès de sa campagne de 2012, et qui n'a surtout pas réussi à lancer le débat sur la Vème République. C'est d'autant plus ironique que sa candidature s'inscrit dans une logique très forte de présidentialisation, une des tares de la cinquième république.

Son choix de ne pas participer à la primaire voulue par le PS pour museler la gauche est louable. Mais le choix de sauter par dessus toutes les structures qui auraient pu soutenir sa campagne, c'est du mépris pour les militants qui l'ont soutenu en 2012.

2017 s'annonce vachement bien.


Ostpolitik

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